Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori

(Fondation Cartier)


/ Expositions

Du 3 juillet au 6 novembre 2022, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la première exposition personnelle de l’artiste aborigène Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori hors de l’Australie.

Considérée comme l’une des plus grandes artistes contemporaines australiennes de ces deux dernières décennies, Sally Gabori commence à peindre en 2005, vers l’âge de 80 ans, et atteint rapidement une renommée artistique nationale et internationale. En quelques années d’une rare intensité créatrice, jusqu’à sa disparition en 2015, elle élabore une œuvre unique aux couleurs vibrantes sans attache apparente avec d’autres courants esthétiques, notamment au sein de la peinture aborigène contemporaine.
Réunissant une trentaine de peintures monumentales, l’exposition est réalisée en étroite collaboration avec la famille de l’artiste et la communauté kaiadilt, ainsi qu’avec les plus grands spécialistes de l’art et de la culture kaiadilt. Ils seront présents à Paris à l’occasion de son inauguration pour rendre hommage à cette artiste dont l’œuvre fascine par son caractère spontané, lumineux et profondément original.

Voici ma terre, ma mer, celle que je suis.

Kaiadilt, une vie en exil

Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori est née vers 1924 sur l’île Bentinck, dans le golfe de Carpentarie, dans le nord de l’Australie. Elle appartient au peuple kaiadilt et parle la langue kayardilt. Son nom, Mirdidingkingathi Juwarnda, est issu de la tradition kaiadilt qui veut que chacun soit nommé en fonction de son lieu de naissance et de son ancêtre totémique. Ainsi, Mirdidingkingathi indique que Sally Gabori est née à Mirdidingki, une petite crique située au sud de l’île Bentinck, et que son « totem de conception » est juwarnda, le dauphin.

Largement isolés, avec une population atteignant 125 habitants en 1944, les Kaiadilt sont le dernier peuple côtier de l’Australie aborigène à être entré durablement en contact avec les colons européens. Sally Gabori et sa famille ont longtemps mené une vie traditionnelle, reposant presque entièrement sur les ressources naturelles de leur île. Comme la plupart des femmes, Sally Gabori était chargée de la pêche, de l’entretien des pièges à poissons en pierre qui jalonnent les rivages de l’île et du tressage de paniers en fibres naturelles.

 

 

À partir du début des années 1940, des missionnaires presbytériens installés depuis 1914 sur l’île Mornington, au nord de l’île Bentinck, tentent de convaincre les Kaiadilt de rejoindre leur mission, en vain. Mais en 1948, à la suite d’un cyclone et d’un raz-de-marée qui inondent une grande partie de leurs terres et contaminent les réserves d’eau douce, les 63 derniers résidents kaiadilt, dont Sally Gabori et l’ensemble de sa famille, sont évacués vers la mission presbytérienne de l’île Mornington. Leur exil, qu’ils pensaient de courte durée, s’étendra finalement sur plusieurs décennies. À leur arrivée à Mornington, les Kaiadilt sont logés dans des campements, sur la plage, et les enfants séparés de leurs parents et installés dans des dortoirs de la mission, avec interdiction de parler leur langue maternelle, rompant ainsi tous liens avec leur culture et leurs traditions.

À partir des années 1990, après des années de lutte pour la reconnaissance des droits territoriaux aborigènes, la législation australienne reconnaît les droits des Kaiadilt sur leur terre et un petit ensemble d’habitations, ou outstation, est installé sur l’île Bentinck, à Nyinyilki, pour permettre aux Kaiadilt qui le souhaitent – dont Sally Gabori – de revoir leur île natale et d’y séjourner temporairement.

Des visites guidées en compagnie d’un médiateur culturel sont proposées du mardi au vendredi à 17h, dans la limite des places disponibles.

 

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